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Gazer, mutiler, soumettre de Paul Rocher

« Nuages lacrymogènes, grenades de désencerclement, LBD 40… Des ZADs aux campus, des quartiers populaires aux cortèges syndicaux, manifester en France expose aujourd’hui à la violence des armes non létales. Les forces de l’ordre dégainent à la moindre occasion et la liste des blessés et mutilés s’allonge de mois en mois. Que signale cette escalade ?

Face à ce qu’il perçoit comme une crise du maintien de l’ordre, l’État attise la brutalité de sa police en la dotant d’un arsenal militaire toujours plus puissant et fourni – au grand bonheur des marchands d’armes. Démontant la rhétorique humanitaire de ses défenseurs, Paul Rocher montre que le recours massif aux armes non létales est la marque d’un étatisme autoritaire de plus en plus intolérant à toute contestation dans une période de recul social majeur. Conçues comme des armes « défensives », elles forment dans la pratique l’artillerie de l’offensive néolibérale en cours, rappelant, à quiconque entreprend d’y résister, la nécessité de l’autodéfense populaire. »

Les armes non-létales sont-elles vraiment si inoffensives qu'on nous le promet ? Non, alors pourquoi la police continue à en utiliser, et y a même de plus en plus recours ? Quelles sont ces armes exactement ? Pourquoi sont-elles apparues ? Quels problèmes sont-elles censées régler ?

Ce court essai répond à toutes ces questions, via dans un premier temps un référencement exhaustif des armes, de leur histoire, de leur utilisation et de leurs dangers ; puis avec une réflexion sur l'origine de la doctrine de maintien de l'ordre français et quelques comparaisons à l'étranger.

La première partie est une excellente référence, je suis un peu moins convaincue par la deuxième qui est intéressante (l'auteur convoque le « flic dans la tête », Bourdieu, Gramsci et l'hégémonie), mais qui manque à mon goût de pistes de solutions, de propositions d'alternatives.

Dans tous les cas, une bonne lecture pour qui n'est pas au point sur le sujet.

« C’est aussi, de manière moins visible, celle de milliers de personnes préférant se taire et rester chez eux plutôt que de s’exposer au risque de blessures irréversibles. »
« Toujours invoquée par les fournisseurs comme par les acheteurs, la non-létalité de ces armes n’a en fait jamais été démontrée. »
« Le mélange entre la disponibilité d’armes non létales, les présupposés des forces de l’ordre et leur pouvoir de définition du trouble à l’ordre public forme un cocktail particulièrement explosif. »
« Violenter sa propre population est la marque du tyran. La politisation des blessés constitue donc à la fois un mécanisme d’autodéfense et un levier puissant pour affirmer le rejet des politiques menées. »