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Saint Luigi — Comment répondre à la violence du capitalisme ? de Nicolas Framont

Saint Luigi pourrait bien être le début d'une inversion des rapports de force.

Peut-on faire de Luigi Mangione, l’auteur du meurtre du PDG de United Healthcare, un héros ? Alors qu’il se voit érigé en icône de la culture populaire, voici un moment révélateur de dynamiques à l’œuvre : si la bourgeoisie n’a jamais autant régné, elle n’a cependant jamais suscité autant de haine.

« Est-il condamnable de tuer une personne responsable de la mort et de la souffrance de milliers d’autres ? Luigi Mangione, érigé en icône par une partie du monde, est accusé d’avoir assassiné Brian Thompson, PDG de la première assurance santé privée des États-Unis. Son geste est évidemment illégal, alors que celui de sa victime, responsable d’une politique agressive de refus de remboursements de soins souvent vitaux, est tout à fait acceptable voire estimable dans le système capitaliste.

La violence du capitalisme, c’est une violence que l’on cache, qui est discrète, qui se décide avec des PowerPoint et qui pourtant s’exerce partout, aux États-Unis, en France et dans le reste du monde. Face à cette violence, ne devrions-nous pas hausser le ton et changer de tactique ? Jusqu’à quel point et à quel prix ? Ce sont ces questions que la personnalité de Luigi Mangione soulève, de façon spectaculaire et dérangeante. Ce sont ces questions que ce livre pose et qu’il se propose de traiter. »

Couverture du livre Saint Luigi — Comment répondre à la violence du capitalisme de Nicolas Framont. Sur un fond orange uni, une illustration en noir et blanc de Luigi Mangione représenté comme un saint dans l'imagerie catholique, avec la tenue, la pose et l'auréole derrière la tête.

Super lecture, sur la violence du système capitaliste, sur la responsabilité de ses acteurices, sur comment lutter, comment établir un rapport de force, sur quelles sont les formes de lutte acceptable et celles efficaces, sur les professionnel·les du changement social, sur "l'aventurisme révolutionnaire"...

J'en ressors avec plus de questions que de réponses, mais ça m'ouvre plein de pistes de réflexion, je vous le recommande !


Mes notes de lecture :

Introduction

Quand on parle de l'assassinat de Brian Thompson, on ne peut pas faire abstraction du contexte. Il n'est pas n'importe qui.

Violence de UHC (United Health Care) avec leur stratégie de refus de prise en charge (29% en 2024). Sur les soins post-op en particulier (les refus de prise en charge passent de 10,9 % en 2020 à 22,7 % en 2022), ce qui a entraîné beaucoup de séquelles graves et de morts. Ils ont aussi fait du lobbying pour que les personnels de soin des maisons de retraite fassent signer des DNR à leurs pensionnaires, pour réduire les montants des soins à rembourser…
=> leurs profits sont passés de 12 milliards en 2021 à 16 milliards en 2023. Brian Thompson a touché une prime de 10,2 millions de dollars en 2023.

Cette accumulation financière est une récompense directe des violences subies par les patients à qui des soins ont été refusés.

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Pourquoi Luigi Mangione a immédiatement reçu plein de soutien ? Pourquoi est-il si populaire ?
Populaire auprès des citoyens qui ont subi des violences de la part de UHC ou de compagnies similaires.
La bourgeoisie US, en revanche, est inquiète, ce que les médias relayent.

Décalage entre Brian Thompson qui a été récompensé pour avoir volé des milliers de vie, et Luigi Mangione qui encourt la peine de mort pour en avoir volé une.

« Le capitalisme étant présenté comme le seul système possible, il est en permanence invisibilisé en tant que système : il est « l’économie », car il n’y a pas d’autres économies possibles. »

Le meurtre de Brian Thompson rappelle qu'il y a des hommes derrière le capitalisme, et remet au cœur de l'attention médiatique les inégalités générées par le capitalisme.

Donner la mort par Powerpoint

Délitement du système de santé en France : en 2000 l'OMS nous classait meilleur système au monde, en 2021 on est le 23e pays européen en terme de mortalité infantile. Également, inégalité de l'accès aux soins.
C'est présenté par les médias comme un "fléau" sans source, alors que ça vient de décisions politiques.
Les décisionnaires ne subissent pas directement ces choix, ils ne voient même pas directement les effets, et ils ne sont pas tenus pour responsable.
Vision désincarnée des décisions politiques : on analyse des chiffres sans voir les conséquences humaines derrière.

Cas de Purdue aux US, avec l'Oxycontin. 727 000 morts par overdose aux US entre 1999 et 2022 liées aux médicaments à base d'opioïdes.

« Selon l’American Society of Addiction Medicine, 4 personnes sur 5 qui ont consommé de l’héroïne ont vu leur addiction débuter après une prescription d’antidouleurs. »

Mais conseillers en image, consultant et compagnie protègent ces "grandes familles" / grosses boîtes, cf. la famille Peugeot qui n'a pas été inquiétée par le scandale Orpea alors qu'ils en sont un des principaux actionnaires.

« La mort donnée par PowerPoint ne compte pas : ne sont des criminels que des gens qui ont appuyé sur la gâchette alors que l’on peut, par l’envoi d’un courriel contenant des directives, en votant une loi, en payant des commerciaux ou des consultants, faire bien plus de morts d’un seul coup. Rappeler une telle réalité, c’est rompre un tabou. »

Rendre les coups

Les Gilets Jaunes ont fait paniquer la bourgeoisie => militarisation de la police et contournement brutal de l'état de droit.
cf. Gazer, mutiler, soumettre — politique de l'arme non-létale de Paul Rocher.

cf. le discours décomplexé d'Edouard Philippe devant les élèves de l'ESSEC, où il liste toutes les mesures tentées par le gouvernement tant que « ça passe ». Le « ça », c'est la violence de la classe dominante envers le peuple.

On peut faire quoi ? Recours légaux possibles, mais lucidité sur leur efficacité.
Surtout avec les milliardaires qui font pression sur les gouvernements pour obtenir ce qu'ils veulent. Ils détiennent les médias, les instituts de sondage.
Les classes populaires sont invisibilisées par les médias, sauf très ponctuellement pendant les Gilets Jaunes.

« La mort de 45 000 Américains par an ne semble pas émouvoir le système médiatique dominant. Il faut attendre qu’un bourgeois trouve la mort pour que l’attention journalistique apparaisse, qu’une soudaine prise de conscience dans les rédactions de tout le pays se fasse. »

En France, entre 10 et 20 000 morts supplémentaires par an causées par le chômage de masse, mais osef.

« Ce fait-là – le détournement d’argent public pour les actionnaires – n’est jamais qualifié médiatiquement ou politiquement de violence. Un scandale, un abus, un dysfonctionnement, oui. Mais pas de violence. Car la violence implique un responsable et une victime. Or, la responsabilité de nos dirigeants est en permanence niée dans ce processus de détournement de fonds publics. Et les victimes sont entièrement invisibilisées. »

Différence de traitement entre les violences du capitalisme et celles des travailleureuses et des citoyen·nes qui protestent.

« La question de la peur me semble vraiment centrale, et le slogan "Make capitalists afraid again" est particulièrement juste. Je crois que c’est toujours le potentiel de violence qui permet d’obtenir un rapport de force, plus que la violence elle-même. »

Question du rapport de force et de comment le faire pencher à notre avantage.

Il y a une réécriture pacifiste des mouvements sociaux victorieux : l'indépendance de l'Inde réduite aux actions de boycott de Gandhi, les droits civiques aux USA limités aux discours de Martin Luther King, etc.

C'est le potentiel de violence qui permet d'obtenir le rapport de force plus que la violence elle-même. Par exemple, l'aristocratie et le clergé ont eu très peur après la prise de la Bastille, et ça a « fait prendre un cours plus radical aux débats de l’Assemblée nationale : l’abolition des privilèges de la noblesse a été votée la nuit du 4 août 1789 comme une réponse à cette peur, afin de calmer la paysannerie. »

Pareil en France : réécriture pacifiste du mouvement ouvrier et des victoire progressives ayant permis d'avoir notre système social. Par exemple, les congés payés, c'est pas juste la victoire électorale de l'union de gauche (Front Populaire), c'est un intense mouvement social (grèves & occupations d'usines). Et c'est aussi la conséquence de plusieurs décennies de lutte des classes : avant WWI, action radicales et violentes (saccages de demeures bourgeoises, sabotage, occupation d'usines, etc.).

Évolution de la position des syndicats sur la (non-)violence : on est passés du sabotage en 1900 au « dialogue social » :

« Le dialogue social, terme consacré par la loi et par les institutions, est une négociation sans rapport de force. »
« Ce qui domine, c’est une stratégie de quête de respectabilité par démonstration systématique de patte blanche : et pour cela, d’anciennes formes d’actions violentes ont été transformées en actions symboliques, destinées à mettre en scène le nombre et le mécontentement, mais jamais à instaurer de rapport de force avec les dominants. Tous les modes d’action du répertoire revendicatif ont été désarmés, comme si on avait supprimé tout ce qui, en eux, pouvait effrayer ou contrarier la classe dominante »

==> Émeutes en 1900, mais manifs 50 ans plus tard.
Les manifs sont annoncées, elles ont un parcours défini, une heure de fin. Même les blocages et occupations sont devenus symboliques : c'est une opération de comm' pour les médias. Plus aucune action ne dure.
cf. Depuis les grandes grèves de 1995, les gouvernements ne reculent plus chez Rapports de force.

Et comme on a complètement désamorcé le pouvoir des grèves, les directions des grands syndicats peuvent annoncer qu'elles ne servent plus à rien, pour le plus grand bonheur de la bourgeoisie.

Du coup, question de l'action directe (=se passer d'intermédiaire pour passer à l'action).
Sur les Gilets Jaunes :

« Ce jour-là, j’ai senti la force du sentiment d’appartenance à un groupe qui n’a plus rien à perdre. »
« Je prône le « principe de la diversité des tactiques » : ceux qui croient dans la transformation par les urnes ont sans doute des raisons d’y croire. Mais ils doivent respecter et ne pas empêcher ceux qui, pour des raisons tout à fait crédibles, voient les choses autrement. »

Être un professionnel du changement social nous le fait craindre.

« « Ce n’est pas pour rien si, en France, les deux seuls mouvements sociaux qui ont pu arracher des concessions aux gouvernements bourgeois sont la révolte des jeunes contre le contrat première embauche (CPE) en 2006 et le mouvement des Gilets jaunes en 2018. Parce que la situation était, de l’aveu même des gouvernements de l’époque, « hors de contrôle ». Et parce qu’ils avaient peur, enfin. »

Maintenant, on ne fait plus dans le rapport de force, on fait du « dialogue social. »

« Dans le monde du travail, le « dialogue social » aboutit surtout à des reculs pour les salariés, sauf s’ils installent un conflit, par le débrayage, les blocages ou les sabotages. Sur les questions écologiques, la « sensibilisation de la population » occupe les ONG qui n’engagent plus ou pas de confrontations avec les États ou les grandes entreprises, qui espèrent « se faire entendre » par eux. Expliquer ce que l’on vit, expliquer que l’on souffre, ne suffit pas à obtenir réparation ou solution. »

Différentes formes de violence que peut prendre la remise en cause du système : verbale, économique, envers les biens, envers les personnes (de la bousculade au meurtre). Pas de distinction par les bourgeois et les médias, cf. « Pardon aux familles des vitrines. »
Ces actions visent différents effets : choquer & attirer l'attention du public, effrayer la classe dominante, la faire chanter en lui retirant ses biens et son argent, ou la neutraliser en lui retirant son pouvoir.

Deux distinctions à avoir : une interrogation morale et un questionnement pragmatique :

« Sur le plan pragmatique, il suffit de se demander ce qui marche et ce qui ne marche pas. Sur le plan moral, il faut distinguer ce qui amoindrit notre humanité et ce qui gonfle au contraire notre sentiment d’exister. Ce qui dégrade notre image aux yeux des autres et ce qui au contraire l’améliore. Le meurtre à des fins politiques est problématique sur les deux plans : sur le plan pragmatique, le meurtre n’a pas toujours fait ses preuves. Et ce résultat est directement lié au problème moral qu’il pose : parce que donner la mort est profondément réprouvé, il semble difficile de considérer que le meurtre puisse générer un effet politique positif en raison de son immoralisme. L’impact de l’affaire Luigi Mangione soulève pourtant de vraies questions. »

Devenir Luigi Mangione

Mention du bouquin de Michelle Obama, Devenir, qui "propose une issue individuelle à cet échec collectif. Devenir quelqu'un, à défaut de changer la société".

« Si l'on est occupé à tenter sa chance au jeu de l'ascension sociale, on sera moins enclin à se battre avec ses collègues ou ses voisins pour changer la règle du jeu. »

Citation de Kev Lambert dans Tuer des riches. Érotique de la vengeance de classe

« L’individualisme radical et violent de la démarche du tueur de PDG est une version contemporaine de ce que Lénine nommait l’aventurisme révolutionnaire : des actions sacrificielles contre des représentants du pouvoir menées par des individus se revendiquant du peuple et de la révolution, mais qui ne participaient pas à la construction d’un mouvement émancipatoire collectif. »

Du moment que les problèmes de santé de Luigi Mangione ont été connus, les bourgeois ont été rassurés : ça n'est pas une personne normale (dont potentiellement n'importe qui) qui a fait ça "sans raison", il a agit par vendetta personnelle.

« volonté qu’ont les gardiens de l’ordre établi de psychiatriser les rebelles et les désobéissants. »
« Le rejet de l'aventurisme révolutionnaire repose sur une analyse particulière du changement social qui consiste à observer que si l'on veut qu'il advienne, couper quelques têtes ne suffira pas et maintiendra le système intact. »

Luigi Mangione est seul, ce qui le distingue de tout le monde dans l'histoire du terrorisme anticapitalisme, cf. Action Directe, le groupe Fraction armée rouge en Allemagne, ou les Brigades rouges en Italie.

« le paradigme de l’action non-violente s’est étendu à quasi toutes les organisations militantes, en France comme dans le reste du monde, parce que le calme profite à leurs dirigeants et cadres, mais aussi en raison du traumatisme lié aux tentatives terroristes des années 1970. De fait, Action directe, la Fraction armée rouge et les Brigades rouges n’ont pas engendré le changement social tant attendu, et on peut tout à fait penser qu’elles l’ont éloigné. La peur, l’hostilité et la défiance qu’elles ont suscitées dans la population, ainsi que la répression qu’elle a déchaînée chez la classe dominante, ont décrédibilisé pour longtemps l’idée d’un potentiel de l’action violente. »

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Question du physique de Luigi Mangione :

« Luigi Mangione a prêté son nom et son corps à une érotique de la vengeance de classe qui l’englobe et le dépasse. Il est devenu un signifiant qui condense des forces contradictoires et agitatrices méritant une écoute attentive. »
Kev Lambert
« Autrement dit, le désir et l’admiration que le corps et le visage de Luigi Mangione suscitent ne sont pas autonomes. Ils sont liés à son geste et à la révolte qu’il incarne. »
« En parlant du physique de Mangione [...] on s'évite d'avoir vraiment à se prononcer sur la pertinence de son action supposée, problématique sur le plan philosophique et moral. »

Aparté sur la musculature :

« Car le muscle est devenu le signe de vertu, de travail. [...] La musculation est un travail qui paye à l'heure là où le travail salarié ne paye plus. »
« Le corps musclé, c’est aussi le corps fort, pas seulement le corps beau. C’est le corps capable de briser les chaînes, de résister à une charge policière, de prendre les coups sans se briser, d’impressionner, de menacer, de faire fuir son adversaire. C’est à la fois le corps dominateur des fascistes, mais aussi le corps émancipé du mouvement ouvrier. Il me semble que puisque la lutte des classes est aussi et surtout une lutte des corps, le muscle protège et le muscle renforce. »

Dans son livre Rendre les coups. Boxe et lutte des classes, le journaliste Selim Derkaoui parle d'un "capital musculaire" qui viendrait compenser la privation d'autres capitaux, notamment économiques.

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Question de l'engrenage de la violence :

« Car « la violence appelle la violence » : encore une expression que j’ai entendue toute ma vie. Cette idée que la violence est un engrenage, qu’elle vous entraîne et qu’elle vous transforme, me semble attestée par le parcours des membres des groupes terroristes d’extrême gauche Action directe, Brigades rouges et Fraction armée rouge. À leur tableau de chasse, des chauffeurs tués, des agents de sécurité, un enfant blessé et même des syndicalistes : leur violence a été décrite par leurs détracteurs comme aveugle, excessive, disproportionnée, quand celle de Luigi Mangione est ciblée, presque « propre », car elle n’a pas fait de « dommages collatéraux ». Avec cette idée doctrinaire selon laquelle « la fin justifie les moyens », les terroristes d’extrême gauche des années 1970 semblent avoir transformé, à la longue, le moyen en fin. »
« La violence révolutionnaire semble partout s'être transformée, à la minute où ses adversaires ont été renversés, en violence étatique. »
cf. la révolution Russe, mais aussi la Chine, le Vietnam ou Cuba.

Pour la Russie, on attribue souvent à Staline la dérive totalitaire de la révolution russe. Mais Lénine et Trotski s'en étaient déjà pris aux révolutionnaires d'autres courants comme l'anarchisme.

C'est pas pour rien que les grandes figures révolutionnaires qu'on retient, c'est ceux qui sont morts trop jeunes pour avoir mal tourné, cf. le Che vs. Fidel Castro.

« En France, l'insurrection de la Commune de Paris, en 1871, est d'autant plus romantisée et admirée qu'elle n'a donné lieu qu'à un régime politique de quelques semaines, où les aspirations libertaires et démocratiques n'ont pas eu le temps d'être salies par des instances autoritaires et des couvre-feux. La « bonne » violence révolutionnaire ne serait-elle que le fait de martyrs ? »
« Devenir Luigi Mangione, c’est se demander comment on peut faire changer un système oppressif, selon quelle stratégie et en prenant quels risques, sur le plan moral, philosophique et politique. Mais devenir Luigi Mangione, c’est aussi se confronter à la question bicentenaire de la violence révolutionnaire et de ses effets sur les personnes qui en usent. »

Conclusion

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »
Article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793

Toute action radicalement transformatrice est condamnée à être illégale.

« pensez-vous sincèrement qu’il va être possible de survivre aux décennies à venir sans recourir à la désobéissance civile et à une réévaluation à la hausse de la radicalité de nos réponses individuelles et collectives ? »

Au fil du temps, les mêmes manifs pacifistes sont traitées de plus en plus violemment, comme des attentats terroristes (cf. Gazer, mutiler, soumettre — politique de l'arme non-létale de Paul Rocher), mais dans les mouvements politiques à ambition transformatrice ou révolutionnaire, en France, la question de la violence envers les dominants n'a jamais été aussi peu traitée. Même les éléments les plus radicaux continuent de croire au système électoral.

« Le paradigme dominant est pacifiste et respectueux des institutions, avec une forte croyance dans le potentiel de la discussion raisonnée et raisonnable. »

Ces mêmes groupes ont bcp de violences internes, qui sont elles-aussi très peu étudiées/questionnées (principalement par des femmes, parce que les VSS).

« Pour l’activiste queer Elsa Deck Marsault, la violence interne au militantisme est une dérive qui apparaît lorsque le sentiment d’impuissance à changer la société tout entière nourrit, faute de mieux, un niveau d’exigence élevé concernant ses propres comportements ou propos et ceux de ses pairs. On tente de devenir parfaits à défaut d’essayer de rendre la société meilleure : ça ne peut que mal tourner. »
cf. Elsa Deck Marsault — Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la luttre contre les violences sexistes, La Fabrique, 2023.