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Play Boy de Constance Debré

« J’ai même pas osé mettre la langue la première fois que j’ai embrassé une fille. C’était après Laurent. Avant je savais mais c’était théorique. J’ai fait un effort pour la deuxième. Je lui ai roulé une vraie pelle. Ça m’avait flattée comme un mec qu’elle soit mannequin. On progressait. J’avais toujours peur, mais moins. Sauf qu’à chaque fois on en était restées là. Ou plutôt elles en étaient restées là avec moi. Des hétéros qui se posaient vaguement la question et qui avaient calé. Des filles plus jeunes que moi, mais des filles comme moi. »

Hier j’ai lu un livre qui m’a tellement énervée que je l’ai déchiré en deux. Littéralement. Il y a deux demi livres et des pages volantes dans ma poubelle actuellement.

Constance Debré me fascinait depuis que j’ai vu une photo d’elle pendant la promo de son bouquin Nom qui est sorti il y a 2 ans. Je ne sais même plus si c’est la photo de couverture de Nom ou une autre, mais c’est juste qu’elle dégageait un truc dessus, avec son look androgyne et son histoire de meuf qui se découvre lesbienne à 35 ans. La photo a attiré mon regard et après en lisant 2/3 trucs sur l’autrice j’avais hâte de lire ses bouquins. donc quand je suis tombée sur ce livre hier, je l'ai pris sur un coup de tête.

Dès le début, il y a un truc qui m’a gênée dans le style. C’est des chapitres très courts, parfois une demi page, rarement plus de 3 pages ; et à l’intérieur des chapitres, les phrases aussi sont très courtes.Sauf que, au lieu d’être incisif ou percutant, ça sonnait caricatural, comme si elle avait voulu de donner un genre, s’encanailler. À plusieurs reprises elle parle de ça d’ailleurs, des aristos ou des grands bourgeois qui se forcent à être vulgaires pour se donner un genre. Elle oublie juste qu’avec un grand père figure politique française, 2 oncles multi-ministres, un père grand reporter de guerre et une mère mannequin issue d’une famille aristocratique, elle ne vient pas vraiment de la misère.

Très régulièrement, elle balance des trucs ultra classistes, mais le pire c’est qu’on sent qu’elle essaye d’avoir un propos politique mais qu’elle est tellement hors sol que ça suinte juste le mépris par tous les pores

Elle essaye de se qualifier de pauvre, de fauchée, d’au bord de la catastrophe, façon grande héroïne romantique, sauf que comme 2 phrases avant elle explique qu’elle est avocate, qu’elle loue « juste » un 2 pièces dans le 6e et que quand elle a raté son avion pour son WE en amoureuses en Italie, elle a pris 2 autres billets sur le tas, bah on y croit moyen à la meuf désargentée.

Mais ça, c’est juste un détail, le bonus.

Le cœur du bouquin c’est qu’à ~35 ans, elle a décidé de larguer son mari et de se mettre à courir les meufs. Donc, très naturellement, elle raconte par le détail ses relations sexuelles avec des meufs, et la vision qu’elle a de ces connasses. Parce que oui, faut pas chercher le respect dans ce bouquin. Elle parle de ses meufs comme un mec en école de commerce parlerait de la grosse tepu qu’il a levé en boîte samedi dernier. Peut-être que personne ne lui a expliqué que parler des tétons qui pointent sous le T-shirt toutes les 3 pages ça la fait plus ressembler à un ado en rut qu’à un auteur rebelle ¯_(ツ)_/¯

Bref, c’est vulgaire, c’est froid (elle n’a visiblement pas de sentiments et en tire une sorte de fierté, comme si elle était dessus du commun des mortels et leurs basses considérations grâce à ça), c’est misogyne as fuck, vu qu’elle fait environ 1000 remarques sur les femmes et leurs rôle, du genre les femmes c’est la douceur, la délicatesse, une femme c’est fait pour être aimée, c’est fait pour être maîtrisée, guidée, « handled » (je ne sais pas comment le dire en français mais vous voyez l’idée et le double sens).

Sans parler des petites remarques lesbophobes et homophobes en bonus un peu partout. À un moment en parlant de son ex mari elle balance qu’il faudrait qu’il arrête de se comporter en mère avec leur fils, il va en faire un pédé.

Le moment où j’ai déchiré le bouquin, c’est le moment où elle parle pour la 12e fois du désir, de ce que c’est de désirer une femme par rapport à désirer un homme et qu’elle dit texto « Je comprends les violeurs. »

Y’avait déjà pas mal de phrases empreintes de violences dans le bouquin, mais rien d’aussi explicite.

Sans compter le petit moment malaise où elle parle d’une de ses conquêtes, 15 ans de moins, qu’elle connaît depuis qu’elle est toute petite, et elle parle d’elle à 8 ans sur les genoux de son père et termine la phrase sur le fait qu’elle lui plait avec ses petits seins et son corps gracile ( ou frêle ? Je ne sais plus, un adjectif du genre). Dans l’absolu, là, la meuf a la vingtaine mais je trouve ça ultra glauque.

Donc voilà, première fois de ma vie que je déchire un bouquin. Et plus jamais je ne lis un truc écrit par Constance Debré.