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À la ligne — feuillets d'usine de Joseph Ponthus

Au fil des heures et des jours le besoin d'écrire s'incruste tenace comme une arête dans la gorge
Non le glauque de l'usine
Mais sa paradoxale beauté

Ouvrier intérimaire, Joseph embauche jour après jour dans les usines de poissons et les abattoirs bretons. Le bruit, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps s'accumulent inéluctablement comme le travail à la ligne. Ce qui le sauve, ce sont l'amour et les souvenirs de son autre vie, baignée de culture et de littérature.

Par la magie d'une écriture drôle, coléreuse, fraternelle, l'existence ouvrière devient alors une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœuf et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

J'écris comme je travaille
À la chaîne
À la ligne

J'avais peur d'être repoussée par le format, j'aurai dû avoir peur du contenu. C'est très bien, mais très dur. Ça se lit très vite, mais certains passages vont me rester en tête longtemps.

Devant l'étendue du quotidien
Il n'y a plus que l'ivresse du repos
Et des tâches à faire

Un texte
C'est deux heures
Deux heures volées au repos au repas à la douche et à la balade du chien

J'ai envie de citer des dizaines de passages, certains pour leur poésie, pour la beauté de l'écriture ; d'autres pour les réflexions qu'ils ont déclenchés en moi ; et enfin certains pour leur dureté, pour tout ce que j'ai découvert qu'il était bien plus confortable d'ignorer.

« Tu te rends comptes aujourd'hui c'est tellement speed que j'ai même pas le temps de chanter »
Je crois que c'est une des phrases les plus belles les plus vraies et les plus dures qui aient jamais été dites sur la condition ouvrière
Ces moments où c'est tellement indicible que l'ont n'a même pas le temps de chanter

Vraiment, ce livre est formidable.

Nos gueules sont au mieux des portraits d'Otto Dix
Nos corps des atlas de troubles musculo-squelettiques