Cet article parle d’éléments importants de l’intrigue de la quatrième saison d’Orange Is The New Black.

Cette saison d’Orange Is The New Black est celle qui a le plus divisé les spectateurs. Quelques critiques, comme Joshua Alston de The A.V. Club, ont encensé la saison 4 comme la meilleure de la série — 13 épisodes palpitants, qui ont reconquis les spectateurs après une troisième saison décousue. C’est vrai que cette année OITNB a abordé des sujets qui vont plus loin que l’échec de l’industrie carcérale, en s’intéressant au système d’injustice raciale qui existe dans la prison à but lucratif de Litchfield. Alors que les saisons précédentes ont été saluées pour leur diversité et la représentation nuancée de personnages issus des minorités, la tentative d’OITNB de traiter les sujets du racisme et de la brutalité policière a essuyé des critiques. Après avoir regardé la saison, il est impossible d’ignorer les accusations d’exploitation de la souffrance des noirs dans un but de divertissement.

Ces accusations ne sont pas infondées ou, comme Myles McNutt de The A.V. Club le prétend, les doléances de critiques qui n’ont pas compris la complexité de la TV. En fait, elles soulignent un tournant dans le schéma narratif de la série. Les saisons précédentes réussissaient un mélange d’humour, d’humanité et de tragédie en explorant les histoires individuelles de femmes et l’effet que la prison avait sur leurs vies. Cette saison, en revanche, ne fait que survoler l’humanité unique de ces femmes dans une tentative de faire une déclaration grandiose en réponse au mouvement Black Lives Matter. Ce thème ne devrait pas être hors-limites pour la série, mais il est clair qu’une équipe de scénaristes sans auteur noir ne savait pas vraiment comment gérer un tel sujet. Selon Fusion, « des 16 personnes qui sont créditées pour les quatre saisons de la série, une est latino et une est asiatique. » La vaste majorité sont des femmes. (Note : Fusion, comme The A.V. Club, est possédé par Univision Communications.) Le résultat est une saison qui marche sur la limite entre être offensante et malavisée.

Photo: Netflix

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Le moment décisif de cette saison d’Orange Is The New Black est dans l’épisode 12, “The Animals.” Après des abus incessants de la part des nouveaux surveillants pénitentiaires, les détenues prennent littéralement position ensemble, sur les tables de la cafétéria. Dans cette saison qui se concentre sur les divisions raciales au sein de la prison, c’est un moment excitant, vu que les factions de détenues joignent enfin leurs forces contre une menace plus grande. Malheureusement, ce moment ne dure pas. Dès que les gardes commencent à faire descendre les prisonnières des tables, une émeute éclate. Poussey (Samira Wiley) est immobilisée sous le genou d’un garde, et les vraies motivations de la scène deviennent claires. Le meurtre d’Eric Garner est évoqué alors que Poussey lutte pour respirer. Le corps de Poussey est laissé sur le sol de la cafétéria durant des heures après sa mort, rappelant le traitement similaire du corps de Mike Brown par la police de Ferguson. La série connait bien ses sources, et en tant que spectatrice noire, il était impossible pour moi de voir la mort de Poussey en dehors de ce contexte.

Photo: Netflix

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OITNB traitait enfin des sujets plus graves, mais ils ont été gérés d’une façon qui souligne l’incapacité de la série à faire face à la réalité entourant la mort de ceux tués par la police. L’épisode menant aux derniers instants de Poussey se concentre sur l’adolescence de Bayley (Alan Aisenberg), le meurtrier de Poussey. Il amène le spectateur à penser « Hey, des gens bien font des erreurs ! » Quand la série décide d’humaniser Bayley, ça a rendu la mort de Poussey similaire à celles de Garner et Brown uniquement en terme d’images. Ce choix permet à OITNB de se positionner avec le mouvement Black Lives Matter pour le divertissement, mais échoue à attribuer le vrai blâme de la mort de Poussey. La série ignore les circonstances politiques de privilège blanc, de suprématie et de violence policière en faisant du meurtrier de Poussey un des mec bien au milieu de tous les méchants.

Photo: Netflix

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Pour cette raison, la série n’est pas à la hauteur du mouvement Black Lives Matter. Dans une saison où l’on voit un groupe de suprématistes blancs nouvellement formé crier « All lives Matter » tout en présentant ses membres comme des racistes incompris qui pensent juste qu’Hitler aurait pu bénéficier de meilleurs conseils, la série s’accroche à son « nous sommes tous de bonnes personnes » et ignore le danger derrière cette manière de penser. La discrimination de Piper (Taylor Schilling) envers les dominicaines quand elles menacent son commerce de culottes est plus que juste un autre exemple de Piper étant horrible. Elle utilise activement ses privilèges de blanche pour mettre les femmes de couleurs en danger. La svastika que les dominicaines lui gravent dessus est rapidement transformée en fenêtre qu’elle semble aimer tout autant que ses autres tatouages de prison. La série ne qualifie pas Piper de mauvaise personne pour ce qu’elle a fait, alors qu’elle devrait. Il devrait être facile pour la série de s’opposer à la suprématie blanche. Il n’y a pas de zone grise acceptable autour de la suprématie blanche.

La mort de Poussey a été particulièrement décevante parce qu’elle est arrivée à la fin d’une saison qui a fait de son personnage une collection de rêves et d’espoirs qui n’arriveront jamais à terme. Toute la saison, son personnage n’a pas vraiment eu de ligne directrice. Son problème avec l’alcool et ses motivations ont été remplacés par une relation amoureuse qui a l’air de sortir d’un hashtag Tumblr. Dès que Judy King (la brillante Blair Brown), la Martha Stewart remplaçante, offre à Poussey la promesse d’un travail lors de sa libération, il devient évident que Poussey ne quittera pas la prison. Écrire la fin d’un personnage de série n’est pas facile, mais les meilleures séries s’arrangent pour les garder impliqués dans l’action pour que leur mort soit un choc. Tandis que Poussey passe la saison en lune de miel avec l’ennuyeuse Soso (Kimiko Glenn), elle est minimisée au point de devenir un simple outil de l’intrigue. Sa mort aurait pu représenter la réalité de la brutalité policière. À la place, c’est une façon facile de faire disparaître un personnage avec un clin d’œil à l’actualité.

OITNB ne comprend pas entièrement les histoires derrière les gros titres. La semaine dernière, des vidéos des morts d’Alton Sterling et Philando Castile ont envahi les fils d’actualité Facebook. Des vidéos des corps saignants d’hommes noirs assassinés ont été postées mine de rien entre des vidéos de chat et des photos de fêtes du 4 juillet. Leur mort représente une réalité qu’OITNB ne commence même pas à effleurer avec la mort de Poussey. Ça n’a aucune importance si les policiers qui ont commis ces injustices ont grandi dans de petites villes et faisaient de leur mieux comme Bayley. Ce qui importe c’est que leurs actions et le système qui ferme les yeux dessus ont causé la mort de ces hommes. Plus important encore, il s’agissait d’une des rares instances où la vérité a été enregistrée et mise à disposition du public immédiatement.

Photo: Netflix

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Faire la lumière sur la vérité a été une des principales demandes de ceux qui luttent contre le racisme et les brutalités policières. Ils ne demandent pas de châtiment ou de violence. Ils veulent que nous reconnaissions qu’il y a un problème et qu’il faut le régler. Les manifestations non-violente qui ont eu lieu ces dernières semaines nous demandent simplement de réaliser la vérité. Dans son final, OITNB a raté une énorme opportunité de réaliser cette demande. Avec les médias rassemblés autour de la prison pour la libération de Judy King et la révolte des détenues, la série offre enfin une opportunité de faire sortir la brutalité – et la tragédie de la mort de Poussey – hors des murs de Litchfield, jusqu’à nous. Pendant que Judy King marche dans le couloir vers la liberté, il semble que les détenues courent vers la lumière avec elle.

Photo: Netflix

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Au lieu de poursuivre dans cette direction, OITNB choisi de nous offrir la menace de plus de morts en tant que cliffhanger divertissant. Les détenues encerclent Judy King et l’officier Humphrey (Michael Torpey), un des grands méchants de la saison. Après être restée dans son coin la majeure partie de la saison, Daya (Dascha Polanco) ramasse l’arme d’Humphrey et le vise. Les femmes l’encouragent à tirer. Les détenues de toutes les couleurs exigent sa mort. À ce moment précis, la série efface le travail fait pendant quatre saisons pour présenter ces femmes comme humaines, comme plus que des meurtrières et des criminelles. Alors que la saison se termine avec Daya tiraillée par le choix, la réalité nous montre quelles pourraient être les véritables conséquences de ses actions. À Dallas, le coup est parti. L’idée du châtiment que se faisait un homme a été appliquée, et la suite n’est pas un cliffhanger qui nous tient en haleine ; c’est la terreur. La réalité de la violence promise par le final d’OITNB est terrifiante.

Il est difficile de décrire l’effroi et la terreur qui planent au dessus de Dallas en ce moment. Je suis une texane de 5ème génération née à Dallas. Toute ma famille vit ici. J’ai demandé à ma mère si tout le monde allait bien, s’ils étaient tous rentrés sains et saufs du rassemblement. Même si c’était le cas, elle m’a dit qu’ils avaient la sensation d’avoir pris le chemin d’une nouvelle menace incertaine. La sécurité ne semble plus garantie. Ceci est la réalité dans laquelle OITNB a placé ses personnages avec cette fin de saison. Si le coup part et que le surveillant pénitentiaire est tué alors qu’OITNB continue à laisser la place à des zones grises et à la suprématie blanche, il parait peu probable que la série soit capable de gérer cette nouvelle réalité de tensions raciales exacerbées.

Contrairement à la saison précédente, le final de la saison quatre n’apporte qu’angoisse et questions. Poussey était plus que la favorite des fans. Elle était un des rares personnages à être apprécié par presque tous les groupes de Litchfield. Elle était sans difficulté le personnage le plus sympathique de la série. Pourquoi, alors, laisser les spectateurs sans résolution suite à sa mort ? Pourquoi le directeur Caputo (Nick Sandow), qui était prêt à faire beaucoup de choses pour sortir Sophia (Laverne Cox, dont la faible présence a nuit à la saison) de l’isolement, a soudainement complètement ignoré toutes les détenues et supporté les gardiens qu’il avait menacé de renvoyer ? Caputo, plus que n’importe quel autre officier, a toujours vu l’humanité des femmes sous sa garde. Pourquoi la mort de Poussey ne le motive pas à enfin faire connaître les injustices qui se déroulent à Litchfield ? Pourquoi la mort d’une des détenues les plus appréciées de Litchfield n’est pas l’élément déclencheur ?

La série semble croire que la caractérisation de Bayley en gentil garçon un peu ringard est une raison suffisante pour que Caputo le défende. La justice pour Poussey, en revanche, est limitée à un appel à sens unique entre Caputo et son père et une conférence de presse qui la laisse être une victime anonyme. Elle méritait mieux que ce que ce final lui offre —Daya visant Humphrey avec un pistolet, l’issue toujours incertaine pendant que les détenues réclament du sang, leur protestation pacifique transformée en violence. Vu la situation actuelle du pays, il est difficile d’imaginer pire pour cette saison d’OITNB qu’une pièce pleine d’auteurs blancs qui décident de s’attaquer à la question de l’injustice raciale et qui arrivent à la conclusion que ce que les femmes de couleur doivent réellement vouloir sont des représailles.