Je suis en train de relire Antispéciste d’Aymeric Caron, et il y a une phrase qui est entrée en résonance avec ma réflexion sur l’écologie. En parlant de ce qu’il appelle l’écologie molle, il dit qu’« elle ne propose aucun espoir puisqu’elle se contente d’essayer de ralentir la chute, sans l’empêcher – c’est le principe du développement durable. »

Et effectivement, en dehors des discours moralisateurs lancés sans cesse aux particuliers – qui sont aussi inefficaces qu’ils sont bêtement culpabilisants, comme l’a souligné Paprika dans un article sur Simonæ –, il ne se passe pas grand chose.

On propose mollement de faire « un peu moins pire », de consommer un peu mieux (pas moins, « mieux », bande d’anarcho-communistes !), de gâcher un peu moins, de polluer un peu moins…

Comprendre « il y a 40 ans, une tresse d’ail stockée au grenier se conservait parfaitement pendant 6 ou 8 mois. Comme l’ail produit actuellement est de la merde, il pourrit en 15 jours… Pour ne pas gâcher, achetez donc nos gousses pré-épluchées en emballage plastique individuel ! »

Et même lorsqu’on propose des débuts de solutions, le but n’est pas de réellement régler le problème, mais de « limiter les dégâts ». On pense au monde qu’on laisse à nos enfants, parce que, bien sûr, il n’y a que les êtres humains qui comptent. Pour citer encore Aymeric Caron, « l’environnement doit être préservé pour notre propre bénéfice, et non parce que la nature a une valeur intrinsèque. »

Quand un·e écologiste dit « si les abeilles meurent, nous mourrons », iel oublie quelque chose : si les abeilles meurent, les plantes ne sont plus pollinisées, ce qui entraîne la disparition de beaucoup, si ce n’est l’intégralité, d’espèces de la faune et la flore. Dont l’être humain, oui, parmi les 8,7 millions d’espèces vivantes estimées sur Terre.

Soyons clair·e·s :
La disparition des humains ne serait un drame que pour nous-même ! La planète s’en porterait d’autant mieux. Nous sommes une espèce de passage, qui a pris un certain ascendant sur les autres espèces et qui impose sa marque un peu partout sur son environnement, certes ; mais une espèce de passage quand même.

Dans tous les cas, ce ne sont pas les démarches écologiques actuelles qui nous mèneront bien loin : dans la plus pure logique capitaliste, nous estimons le pourcentage de la planète que nous nous autorisons à détruire, nous chipotons sur le quota d’animaux mignons à sauver, et nous organisons de grosses réunions de temps en temps pour signer des accords qui nous autorisent telle quantité de CO2.

Je ne prétends pas avoir de solution miracle pour réparer la planète, et pour être parfaitement honnête, je ne suis même pas convaincue que ce soit encore faisable.

Je ne dis pas non plus que l’écologie n’est pas l’affaire des particuliers, je suis persuadée que l’on peut (et que l’on doit) avoir un impact individuel positif ; et je suis convaincue de l’utilité de certaines initiatives lancées par des particuliers, telles que Incredible edibles. Si ça vous intéresse, regardez le très bon documentaire Demain de Cyril Dion.

Je pense juste qu’il est urgent d’arrêter l’écologie molle et d’arrêter de se limiter à la culpabilisation des particuliers. C’est l’équivalent d’un pansement sur une double fracture ouverte : aussi inutile que ridicule.